06/06/2018

Loi sur les jeux d'argent : quand les opposants utilisent la prévention comme alibi !

Parmi les opposants à la loi sur les jeux d'argent, on trouve des jeunes de presque tous les partis qui s'insurgent contre le manque de prévention et la prétendue censure d'internet au nom d'une liberté qui voudrait que la toile soit totalement dérégulée. Rappelons que dans la loi, il est question de bloquer l'accès aux jeux en ligne qui ne sont pas liés à un casino basé en Suisse.

Tout d'abord, s'agissant de la prévention, je peux souscrire aux arguments de certains opposants qui déplorent que le parlement ait refusé une commission d'experts indépendants qui aurait suivi l'évolution des jeux notamment en ligne ou sur le manque de financement additionnel pour les mesures de prévention à destination des cantons, amendements que j'ai moi-même défendus en commission et en plénum. Je relève cependant que personne parmi les opposants actuels à la loi ne s'est mobilisé auprès des parlementaires des partis bourgeois pour leur faire entendre raison. Il est un peu facile maintenant de prendre la prévention comme alibi pour un référendum qui aura comme résultat, si la loi était refusée, de non seulement priver la Suisse de moyens substantiels pour l'utilité publique mais aussi d'affaiblir encore la prévention en faveur des joueur-euse-s excessif-ve-s car il n'y aura aucune mesure sociale prise par les opérateurs étrangers.

Enfin, il serait bon que les promoteurs du référendum se rendent compte de la contradiction qu'il y a d'une part à recevoir un financement des opérateurs étrangers et d'autre part à promouvoir la liberté économique et sur le net. Ce d'autant que les généreux donateurs sont basés dans des paradis fiscaux où il y a de forts risques de blanchiment d'argent. Or, il faut rappeler que le but de la loi contestée est aussi de lutter contre la fraude fiscale et le blanchiment d'argent. Y aurait-il une liberté à géométrie variable ? 

Une fois la loi acceptée, il sera nécessaire de faire un suivi des mesures prévues dans le domaine de la prévention notamment.

Mais pour l'heure, il faut accepter cette loi qui représente un bon compromis.

 

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25/03/2018

Stop à l'acharnement médiatique contre Anne Emery-Torracinta !

Depuis près de trois semaines, la magistrate en charge du DIP (Département de l'instruction publique) est l'objet d'une salve ininterrompue d'articles, de commentaires critiques et souvent tendancieux de la part des médias genevois et romands. On ne peut nier la nécessité d'informer sur les faits en lien avec la gestion de son département ou des suites de l'affaire dite "Ramadan" qui touchent des personnes qui ont besoin que l'on entende leurs souffrances passées et actuelles et que l'on prévienne dorénavant la survenue des agissements incriminés.

Toutefois, Anne Emery-Torracinta a expliqué son point de vue et quelques soient les erreurs d'appréciation quelle ait pu commettre et qu'elle a eu l'honnêteté de reconnaître (fait rare à relever), je peine à trouver une quelconque plus-value aux articles parus au cours de la semaine qui vient de s'écouler. Ils se bornent à rabâcher les mêmes faits, relatés de manière parfois erronée, malgré les explications circonstanciées données par la principale intéressée. Dans ce contexte délétère, rendons hommage à Pascal Décaillet qui s'est refusé à aboyer avec la meute.

A-t-on trouvé une façon "d'égayer" une campagne un peu morne en désignant un bouc émissaire ?

Que certains ou certaines essaient de tirer leur épingle du jeu en pensant bénéficier de ce lynchage médiatique ou que d'autres aient été instrumentalisés aux fins de faire tomber la cheffe du DIP, le résultat est désastreux pour la politique genevoise et son image déjà écornée. Au lieu de parler de bilans, de projets, d'une vision pour Genève, on préfère tirer sur la seule femme du gouvernement dont la compétence et l'intégrité sont pourtant reconnues.

Que les électrices et les électeurs réfléchissent bien au moment de voter sur l'avenir du DIP s'il devait passer aux mains de la droite.

21:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

23/06/2016

Diyarbakir : symbole de la coexistence des peuples

Une délégation indépendante de parlementaires et d'autres personnes concernées a fait une visite du 19 au 23 juin dans cette ville suite aux destructions et aux combats survenus à partir de l'été 2015.

Diyarbakir est la plus grande ville de la région du Kurdistan turc avec une population qui est proche de 2 millions d’habitants : Elle est située sur les bords du Tigre. Cette ville au passé millénaire a toujours été très importante tant du point de vue économique que politique. Elle est aussi considérée depuis longtemps comme la capitale culturelle des différentes régions du Kurdistan, non seulement par les Kurdes de Turquie mais aussi par ceux d’Irak, de Syrie et même d’Iran. En un mot, le cœur du Kurdistan.

La gouvernance de la ville est assurée par la Municipalité Métropolitaine de Diyarbakir dont les maires qui se sont succédés depuis 16 ans sont d’origine kurde et/ou appartiennent à un parti Pro-kurde. Depuis 2014, la Ville est gouvernée par une femme que nous avons d’ailleurs rencontrée lors de notre séjour.

Diyarbakir a une riche histoire : elle était située sur la route de la soie et son passé est aussi marqué par le multiculturalisme, le multi-ethnisme, le plurilinguisme et la pluralité des religions, caractéristiques de la diversité des peuples qui y ont habité, qui se sont côtoyés et qui ont vécu en bonne intelligence. A part les Kurdes, on y trouvait des Arméniens, des Assyriens, des Chaldéens, des Araméens, des Azéris, etc.

Cette diversité a perduré au cours du siècle dernier, malgré la politique assimilatrice qui a été menée par la Turquie dès la création de la République en 1923.

Pour rappel, l’identité des Kurdes a toujours été niée par la Turquie qui désignait d’ailleurs les Kurdes par le qualificatif de « Turcs des montagnes ». Cela signifiait notamment l’interdiction de parler les différentes langues kurdes, interdiction qui s’est assouplie par la suite. Mais on n’enseigne toujours pas le kurde à l’école et d’une manière générale la culture des Kurdes a été, selon les périodes, soit interdite, soit limitée, soit ignorée mais toujours dénigrée.

Pour revenir à la vielle ville de Diyarbakir, le district de Sur pouvait s’enorgueillir de receler des centaines d’édifices historiques, des églises de différents cultes, des mosquées, des hamams, des karavansérails bâtis avec la pierre noire de basalt mais aussi, des ateliers d’artisans, des souks, etc. Sans oublier de mentionner les murailles dont 5,7 km datent d’environ 5'000 ans. Ces différents lieux de culte marquent justement la diversité des cultures et des religions déjà mentionnée.

A la suite des élections de juin 2015 qui ont vu l’arrivée de 80 parlementaires du parti pro-kurde HDP (Parti démocratique des peuples), des opérations de destruction systématique ont été organisées par l’Etat turc non seulement contre des monuments historiques, mais ce qui est très grave, contre les habitants qui se sont retrouvés assiégés pendant plusieurs mois, et ont vu la destruction de leur lieu de vie, ceci de fin novembre 2015 à mars 2016. Certains ne pouvaient pas sortir alors que d’autres habitants se faisaient arrêter ou tuer s’ils tentaient de fuir. Le bilan est très lourd avec des milliers de tués et de blessés, de personnes arrêtées, parfois avec leurs enfants, et environ 22'000 personnes expulsées pour le seul district de Sur.

Mes autres collègues donneront plus de détails sur ces faits dramatiques et leurs conséquences.

En été 2015, ironie du sort, le district de Sur, a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, soit peu avant le début des combats qui se sont déroulés dans cette partie de la ville.

En participant à ce voyage, nous nous mobilisons pour la sauvegarde de ce patrimoine culturel qui est universel. Mais ce n’est pas seulement la conservation d’anciens monuments qui est en jeu, c’est surtout la culture comme facteur d’identité, comme ciment du vivre ensemble que ces peuples ont démontré durant des centaines d’années.

Cet aspect revêt toute sa signification dans une région secouée par des conflits armés qui touchent des centaines de milliers de civils, notamment en Syrie et en Irak.

Le futur de cette ville est menacé. Cette répression ne trouve pas ses fondements dans la lutte contre les opposants au pouvoir central qualifiés de « terroristes». Il s’agit de détruire une ville, de la vider de ses habitants et de nier une civilisation plusieurs fois millénaire.

La communauté internationale, en particulier l’Europe, a assisté passivement à ce conflit et devant ce silence, notre délégation a jugé nécessaire d’alerter l’opinion publique afin de faire cesser ce processus destructeur, de sauver ce qui peut l’être et de contribuer, même modestement, à promouvoir le retour au dialogue entre les parties en cause.

Les membres de la délégation : Sibel Arslan (Conseillère nationale), Claude Béglé (Conseiller national), Laurence Fehlmann Rielle (Conseillère nationale), Claudia Friedl (Conseillère nationale), Hansueli Scheidegger (délégué d'Unia), Mustafa Atici (Grand Conseil bâlois-interprète), Anne Lise Hiltz (journaliste indépendante) et Anina Jendreyko (directrice culturelle et organisatrice de la délégation).

 

 

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