15/12/2015

Comas éthyliques : enterrons cette initiative dangereuse

 

Le jeudi 17 décembre 2015, le Conseil national va décider du sort qu’il fera à l’initiative « Bortoluzzi : coma éthylique : aux personnes en cause de payer les frais de séjours hospitaliers et en cellule de dégrisement» 

Rappelons que cette initiative parlementaire vise à faire payer aux jeunes transportés à l’hôpital, en état d’intoxication alcoolique, les frais d’hospitalisation et les soins qui leur seront prodigués alors que ces frais sont actuellement pris en charge par l’assurance maladie. 

Cette démarche vise à responsabiliser les jeunes dont un certain nombre ont tendance à se saoûler pour frimer et chercher à dépasser leurs limites. Si l’on peut comprendre une réaction d’agacement face au comportement excessif de certains jeunes, il serait très grave de saisir cette occasion pour modifier la loi sur l’assurance maladie.

D’abord, parce qu’en changeant les règles, de nombreux jeunes refuseront de se faire hospitaliser en cas d’ivresse aiguë afin de ne pas payer ces frais et mettre ainsi leur vie en danger. De plus, chaque fois qu’un jeune est hospitalisé pour ces raisons, un spécialiste vient dialoguer avec lui afin de détecter un éventuel problème plus profond. 

Ensuite, parce que la mesure va rater sa cible : en effet, la majorité des personnes traitées en urgence pour intoxication alcoolique sont des hommes entre 45 et 65 ans et non des jeunes. De plus, il est question de sanctionner les personnes ayant abusé de l’alcool et non les personnes déjà dépendantes de ce produit. Comment le personnel médical va-t-il classer les personnes selon ces catégories. Cela exigera des investigations poussées et coûteuses. Cette initiative est en fait inapplicable et entraînera une hausse des coûts, ce qui est contraire au but recherché. 

Enfin, et c’est peut-être le plus préoccupant dans cette affaire, l’initiative Bortoluzzi ouvrirait une brèche dans le système de la Lamal, basé sur la solidarité. Cette démarche qui se veut pilote va en réalité introduire le principe de causalité qui est un dangereux précédent.

Car s’il l’on fait aujourd’hui payer ceux qui abusent de la dive bouteille alors que l’industrie fait tout ce qu’elle peut pour inciter la population à consommer, il n’y a pas de raison pour que demain on ne sanctionne pas ceux qui fument en refusant de les soigner au titre de la Lamal, ou ceux qui mangent trop gras ou trop salé et qui développent des maladies en lien avec leur style de vie. 

Il faut résolument refuser cette initiative comme les professionnels de la santé (FMH, ASI, les Hôpitaux et institutions de soins suisses) et de nombreuses autorités cantonales le recommandent.

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